Projet Ice Memory : de la glace de Bolivie bientôt dans le plus grand congélateur du monde

Prélever des carottes dans les glaciers les plus exposés au changement climatique et les stocker dans le plus grand congélateur du monde, en Antarctique, pour les scientifiques des générations futures : c’est la mission d’Ice Memory, vaste programme international de sauvegarde. Après le Mont-Blanc en 2016, la deuxième expédition, déjà à pied d’œuvre, se prépare pour un mois physiquement difficile sur le glacier de l’Illimani, en Bolivie, à 6.400 m d’altitude.

  • Le projet Ice Memory consiste à conserver à très long terme des prélèvements effectués dans des glaciers du monde entier actuellement en train de régresser.
  • Le but est scientifique car cette glace contient des indices, sous forme d’éléments chimiques, sur l’évolution du climat sur de longues périodes. Cette mémoire servira aux générations futures.
  • Un premier prélèvement a été effectué en 2016 sur le Mont-Blanc. Le second démarre dans les Andes, en Bolivie.
  • Ces glaces seront d’abord conservées à l’IGE de Grenoble puis, dans trois ans, transportées dans la base Concordia, en Antarctique.

Protecting Ice Memory : conserver la mémoire de nos glaciers  Préparations pour le prélèvement de la première « carotte-patrimoine » du programme Protecting Ice Memory visant à conserver dans « le plus grand congélateur naturel du monde », la mémoire des glaciers terrestres menacés de disparition. Les trois premières carottes ont été prélevées dans le massif du mont Blanc durant l’été 2016. Les suivantes seront extraites des Andes.

Les glaciologues observent depuis des décennies l’impact de la hausse des températures sur la fonte des glaciers, lesquels constituent la mémoire des climats et environnements passés et permettent d’anticiper les changements environnementaux à venir. Face à leur diminution, des glaciologues français de l’Institut des géosciences de l’environnement (IGE Grenoble) et leurs partenaires italiens ont lancé en 2015 le projet Ice Memory, sous l’égide de la Fondation Université Grenoble Alpes et avec le patronage des commissions nationales française et italienne de l’Unesco.

Leur objectif principal : constituer en Antarctique la première bibliothèque mondiale d’archives glaciaires issues de glaciers menacés par le réchauffement climatique. Ces échantillons seront la propriété de l’humanité et une gouvernance pérenne veillera à leur utilisation exceptionnelle et appropriée, afin de permettre aux scientifiques des générations futures de réaliser des analyses totalement inédites, rendues possibles par l’évolution des technologies et des idées scientifiques.

Le colloque inaugural du projet Ice Memory, organisé à Paris en mars 2017 sous le patronage de l’Unesco, a marqué l’internationalisation du programme, avec la participation d’une quinzaine de scientifiques allemands, américains, brésiliens, chinois, français, italiens, japonais, russes, suédois et suisses. Le consortium souhaite fédérer la communauté internationale des glaciologues pour réaliser au moins une vingtaine de forages sur différents glaciers de la planète dans la décennie à venir.

Retour en vidéo sur la première mission du projet de sauvegarde du patrimoine glaciaire mondial, Ice Memory, lancée en France le 15 août 2016, dans le massif du Mont-Blanc, et s’est achevée deux semaines plus tard avec succès. Une équipe internationale de glaciologues et d’ingénieurs avait alors prélevé au col du Dôme (4.300 m, massif du Mont-Blanc) les trois premières « carottes-patrimoine ». © Université Grenoble Alpes

Le glacier de l’Illimani, c’est 18.000 ans d’archives climatiques

Culminant à plus de 6.400 m d’altitude, le glacier de l’Illimani se situe juste au-dessus de la capitale bolivienne, La Paz, à la frontière entre le bassin humide amazonien et le plateau aride bolivien. Suite à un premier forage profond réalisé en 1999, il apparaît que ce site enregistre une multitude d’informations de sources différentes : évolution des précipitations, feux de végétation (côté amazonien), émissions de polluants d’origine humaine, pollution urbaine (côté Altiplano). Avec 140 mètres de profondeur et un écoulement réduit du glacier, le site préserve jusqu’à 18.000 ans d’archives climatiques et environnementales. Son étude permet ainsi de reconstituer le passé de cet environnement, de la dernière glaciation à nos jours.

Depuis fin avril, l’équipe internationale (Brésil, Bolivie, France, Russie) de 15 chercheurs est arrivée en Bolivie et s’acclimate. L’altitude élevée du glacier constitue en effet la principale difficulté de l’expédition et du forage : le transport du matériel (carottier, 75 caisses isothermes, matériel de campement, etc.) au sommet de l’Illimani par hélicoptère étant impossible, il sera donc acheminé grâce à l’équipe de guides et porteurs boliviens.

Pour faire face aux difficultés physiologiques liées à l’altitude, deux groupes de chercheurs se relayeront durant un mois, du 22 mai au 18 juin, entre le camp de base à 4.500 m et le sommet de l’Illimani. Leur objectif : réaliser des forages sur le glacier jusqu’au socle rocheux afin d’extraire trois carottes de glace d’environ 150 m chacune. Ces « carottes patrimoine » seront ensuite transportées de nuit et à dos d’hommes jusqu’au camp de base, puis par camion frigorifique jusqu’à La Paz et stockées au fur et à mesure dans un conteneur réfrigéré.

Glacier de l’Illimani. Culminant à 6.400 m, il conserve jusqu’à 18.000 ans d’archives climatiques et environnementales. © IRD, Patrick Ginot

Les « carottes patrimoine » rejoindront l’Antarctique au début de la prochaine décennie

À l’issue de l’expédition, le conteneur sera acheminé sur la côte chilienne par camion, puis par bateau jusqu’au Havre, avant de rejoindre enfin Grenoble. Une fois en France, l’une des carottes sera analysée au laboratoire de l’Institut des géosciences de l’environnement (IGE) en 2019, pour identifier tous les traceurs chimiques accessibles avec les technologies d’aujourd’hui et constituer ainsi une base de données disponible pour l’ensemble de la communauté scientifique mondiale actuelle et future.

Les deux autres carottes, comme celles prélevées lors de la première expédition au col du Dôme en 2016 (Mont-Blanc, France), gagneront la base franco-italienne Concordia, en Antarctique, à partir de 2020 environ. Ces carottes alimenteront la première bibliothèque mondiale d’archives glaciaires issues de glaciers menacés par le réchauffement climatique.

Du 22 mai au 18 juin, suivez les différentes étapes de l’expédition — acheminement du matériel au sommet, installation du campement, forage, découpe et descente des carottes de glace, vie de l’équipe, etc. — sur le compte Facebook @ProtectingIceMemory. Des photographies et vidéos seront également disponibles sur la plateforme à partir du 18 mai.

Source : Futura Planète (CNRS)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :