Transition énergétique où la nouvelle dépendance aux métaux

Les aimants d'éoliennes contiennent des terres raresLe développement du solaire, de l’éolien ou des batteries de voitures électriques pourrait provoquer une dépendance qui viendrait se substituer à celle aux énergies fossiles que nous connaissons aujourd’hui.

Les aimants d’éoliennes contiennent des terres rares (Crédits : Ali Madjfar/wikimédia commons/CC)

La décarbonation de l’économie est un objectif  aujourd’hui largement consensuel. Mais pour Florian Fizaine, ingénieur de recherche et économiste à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté, la décarbonation du mix énergétique n’est pas nécessairement la meilleure solution pour y parvenir. « Etant donné l’évolution quantitative et qualitative de la demande, cette décarbonation ne pourra se faire avec le seul nucléaire, il faudra également développer les énergies renouvelables », observe-t-il. Or, ramené au kilowattheure produit, celles-ci sont nettement plus consommatrices de métaux que les énergies conventionnelles. Solaire, éolien, géothermie ou encore hydroélectricité nécessitent plus de métaux que le charbon et plus encore que le nucléaire. Même si ce dernier reste très consommateur de métaux rares.

« Il y a deux problématiques, précise Florian Fizaine. D’une part l’intensité des énergies vertes en matières premières, mais également la spécificité des métaux nécessaires pour répondre à ces nouveaux besoins.

15 ans avant de pouvoir exploiter une mine

En outre,  pour certains de ces métaux, le recyclage n’est aujourd’hui pas rentable. « Les batteries incorporent à la fois des métaux rares comme le lithium et d’autres plus classiques, comme le cuivre et le cobalt, souligne Florian Fizaine. Ces derniers sont récupérés, mais pas le lithium, présent en trop faible quantité et de surcroît en association avec d’autres éléments, ce qui rendrait prohibitif le coût de son recyclage. » Or, pour ce composant, la montée en puissance des véhicules électriques risque d’être plus rapide que la capacité d’adaptation des mines. À elle seule, la « gigafactory » de Tesla, l’usine de batteries géante en construction dans le Nevada, pourrait faire doubler le volume du marché. Or il faut au moins 15 ans avant de pouvoir tirer pleinement parti d’une mine. Ainsi, celles achetées il y a quelques années en Bolivie par le groupe Bolloré ne sont pas encore opérationnelles.

Par ailleurs, certains métaux indispensables aux énergies vertes sont des sous-produits d’autres métaux. C’est le cas de l’indium, présent dans les panneaux photovoltaïques et les écrans plats. Pour en fabriquer les quantités nécessaires, il faudrait accroître de façon exponentielle les tonnages de zinc fabriqués, ce qui ne présente aucun intérêt pour les producteurs, mais peut au contraire les desservir, en faisant baisser les prix du zinc.

Nouvelle concentration géographique des ressources

En conséquence, et contrairement aux principes de base de l’offre et de la demande, cette hausse prévisible de la demande, accompagnée d’une hausse des cours, ne serait pas suivie d’un ajustement assez rapide de l’offre.

Cette pénurie de métaux présenterait sur les plans économique et géopolitique, des risques similaires à  ceux de la dépendance actuelle aux énergies fossiles.

Voire plus dangereuse encore. En effet, contrairement aux marchés de gros des hydrocarbures ou même des métaux les plus répandus (tels que le cuivre  – 18 millions de tonnes vendues par an – ou le zinc), ceux sur lesquels circulent les terres rares telles que le lithium (25 000 tonnes par an) sont tout aussi volatils, mais beaucoup plus opaques.  Et ces métaux sont en partie détenus par des pays politiquement sensibles. Cette nouvelle dépendance rebattrait donc les cartes, avec une accentuation de la concentration géographique de la production des ressources naturelles indispensables au système énergétique. Les pays détenteurs de ces terres rares capteraient cette nouvelle rente qui remplacerait celle aujourd’hui captée par les producteurs d’hydrocarbures, géographiquement moins concentrés.

Dans ce nouveau paysage énergétique, la Chine occupe une place dominante. C’est en effet, sur son territoire que sont aujourd’hui produites une majorité des terres rares, une situation dont elle se montre très jalouse, refusant l’entrée d’entreprises étrangères sur ce marché. Et comme le volume de ses réserves pourrait lui faire perdre demain cette situation hégémonique, elle se prépare en rachetant des mines dans d’autres pays.

L’Europe, en revanche, a choisi de laisser jouer la libre concurrence, au risque de se retrouver bientôt démunie et dépendante.

Des pistes pour abaisser la demande

Que faire face à ces perspectives ? En France, le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) propose d’agir sur l’offre, en commençant par réaliser un nouvel inventaire des ressources disponibles sur le sol français et européen. Mais cette piste, élaborée dans les années de flambée des terres rares, en 2010/2012, peine à trouver les financements publics nécessaires dans la période actuelle qui voit les cours des matières premières déprimés, sur fonds de crise économique. Florian Fizaine qualifie de « fausses bonnes idées » aussi bien la diversification d’approvisionnement que le stockage stratégique, onéreux et difficile à manœuvrer (il s’agit en effet de savoir anticiper finement l’évolution de la demande et d’acheter les métaux au cours le plus bas).

Il privilégie au contraire toutes les solutions contribuant à abaisser la demande, à commencer par une sobriété et une efficacité énergétique permettant de diminuer la consommation d’énergie. Mais aussi, la recherche de matériaux de substitution, un meilleur recyclage, ou encore une diversification du bouquet énergétique. Ainsi, décliner différentes technologies sous-jacentes à une même énergie permettrait une diversification des matières premières nécessaires à leur production.

Source : La Tribune (Dominique Pialot)

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